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dimanche 4 novembre 2012

Renaud le rigolo


 
Notre spécial Renaud continue dans cet automne qui sera surtout musical et après une première rubrique tendre et tristounette consacrée au chanteur, en voici une autre qui sera bien différente car voilà que déboule Renaud le rigolo, le déjanté , le déconnant qui est aussi un de mes Renaud préférés. Non content d'utiliser à tire-larigot argot, verlan et gros mots, ce petit polisson se permet même de mélanger anglais et français ou encore (sacrilège suprême) d'introduire volontairement d'énormes fautes de grammaire qui feraient tomber dans les pommes l'académicien le plus vert. C'est le Renaud des débuts (avant que ne débarquent l'amertume et la déprime), celui de Mélusine et Pépette ou du Père Noël noir et Gérard Lambert, le fils spirituel de Fallet, Brassens, Dard, Coluche et tant d'autres. Des chansons absurdes et connes, Renaud en a des tonnes, difficile d'en choisir une ou deux alors j'en ai pris quatre. Je m'excuse à l'avance auprès des puristes de la langue française de publier ces 4 chansonnettes sur mon blog mais après tout c'est le mien et je fais ce que je veux. Pour me faire pardonner et pour ne pas confondre les étudiants débutants, j'ai ajouté en vert et entre parenthèse les corrections pertinentes (pardon Renaud) et comme la dernière fois, les mots difficiles sont expliqués dans les paroles, en bleu le vocabulaire standard et en rouge le familier et le populaire. En définitive, notre petit cours accéléré et intensif d'argot continue et en musique....... grâce à maître Renaud.

La 1ère chanson est une ode à la mer et aux marins, un morceau autobiographique puisque Renaud tenta de réaliser un vieux rêve d'enfant au début des années 80, faire le tour du monde en voilier. Malheureusement l'aventure se termina de l'autre côté de l'atlantique quand Renaud se rendit compte qu'il n'était pas trop fait pour la mer et sa famille non plus.
 
Dès que le vent soufflera (1983)



"C'est pas l'homme qui prend la mer
C'est la mer qui prend l'homme"
Moi, la mer elle m'a pris
Je me souviens, un mardi
J'ai troqué mes santiags
Et mon cuir un peu zone
Contre une paire de docksides
Et un vieux ciré jaune
J'ai déserté les crasses (=ordures, sales types)
Qui me disaient "Sois prudent"
La mer, c'est dégueulasse
Les poissons baisent dedans!

(Refrain)
Dès que le vent soufflera
Je repartira(i)
Dès que les vents tourneront
Nous nous en allerons (irons)

"C'est pas l'homme qui prend la mer
C'est la mer qui prend l'homme"
Moi, la mer elle m'a pris
Au dépourvu, tans pis ...
J'ai eu si mal au coeur
Sur la mer en furie
Que j'ai vomi mon quatre heures
Et mon minuit aussi
Je me suis cogné partout
J'ai dormi dans des draps mouillés
Ça m'a coûté des sous

Refrain

Ho ho ho ho ho hissez haut ho ho ho

"C'est pas l'homme qui prend la mer
C'est la mer qui prend l'homme"
Mais elle ne prend pas la femme
Qui préfère la campagne
La mienne m'attend au port
Au bout de la jetée
L'horizon est bien mort
Dans ses yeux délavés
Assise sur une bitte
D'amarrage, elle pleure
Son homme qui la quitte
La mer, c'est son malheur!

Refrain

"C'est pas l'homme qui prend la mer
C'est la mer qui prend l'homme"
Moi, la mer elle m'a pris
Comme on prend un taxi
Je ferai le tour du monde
Pour voir à chaque étape
Si tous les gars du monde
Veulent bien me lâcher la grappe
J'irai z'aux quatre vents
Foutre un peu le boxon
Jamais les océans
N'oublieront mon prénom

Refrain

Ho ho ho ho ho hissez haut ho ho ho

"C'est pas l'homme qui prend la mer
C'est la mer qui prend l'homme"
Moi, la mer elle m'a pris
Et mon bateau aussi
Il est fier mon navire
Il est beau mon bateau
C'est un fameux trois-mâts
Fin comme un oiseau (Hissez haut)
Mais Tabarly, Pajot
Naviguent pas sur des cageots
Ni sur des poubelles

Refrain

"C'est pas l'homme qui prend la mer
C'est la mer qui prend l'homme"
Moi, la mer elle m'a pris
Je me souviens un vendredi
Ne pleure plus ma mère
Ton fils est matelot
Ne pleure plus mon père
Je vis au fil de l'eau
Regardez votre enfant
Il est parti marin
Je sais c'est pas marrant
Mais c'était mon destin

Refrain (bis)

Dès que le vent soufflera
Nous repartira (repartirons)
Dès que les vents tourneront
Je me n'en allerons (je m'en irai)
 

Tu vas au bal? (1985)
 
Ce second morceau, extrait du CD Mistral gagnant, est une petite merveille de non-sens et de connerie balancés sur une musique au rythme endiablé avec en prime quelques jeux de mots made in Renaud. Pour une bonne compréhension remplacez tous les "Y" en vert par "il" et tous les "ui" par "lui".
 





Tu vas au bal? - qu'y m' dit
J'ui dis: qui? -  y m' dit toi
J'ui dis: moi? -  y m' dit oui
J'ui dis:  non, je peux pas
C'est trop loin - y m' dit bon

Et toi, t'y vas? - qu'j'ui dis
Y m' dit: qui? -  j'ui dis toi
Y m' dit: moi? -  j'ui dis oui
Y m' dit: non, j'y vais pas
J'ai (suis) malade et j'ai froid
 
Alors on n'a pas dansé,
On est resté à parler
On n'a rien regretté
Y paraît de toute façon
Que c'était un bal con

Tu vas aux putes? - qu'y m'dit
J'ui dis: qui? - y m' dit toi
J'ui dis: moi? - y m' dit oui
J'ui dis: non, je peux pas
C'est trop loin - y m' dit bon
 
Et toi, t'y vas? - qu'j'ui dis
Y m' dit: qui? - j'ui dis toi
Y m' dit: moi? - j'ui dis oui
Y m' dit: non, j'y vais pas
J'ai un rhume et j'ai froid

Alors on n'a pas baisé,
On est resté à parler
On n'a rien regretté
On n'avait pas d'argent,
Y paraît qu' c'est payant
(Poil aux dents)
 



Tu vas à l'église? - qu'y m' dit
J'ui dis: qui? - y m' dit toi
J'ui dis: moi? - y m' dit oui
J'ui dis: non, je peux pas
C'est trop loin, j't'ai déjà dit, y m'dit bon

Et toi, t'y vas? - qu'j'ui dis
Y m' dit: qui? - j'ui dis toi
Y m' dit: moi? - j'ui dis oui
Y m' dit: non, j'y vais pas
Y fait froid et j'ai froid
 
Alors on n'a pas prié
On est resté à parler
On n'a rien regretté
Car nos âmes sont tordues
(Nos hameçons tordus, pour pêcher)
(Petit pont de bois)

Mon pote est mort de froid
D' toute façon y m' gonflait
Voulait jamais bouger,
Y savait que poser des questions un peu con (comme vous)
 
Alors j' l'ai enterré
Puis j' suis allé danser
Avec les putes du quartier
Dans l'église ravagée
Et j'ai rien regretté
Mais alors rien du tout
(Tsoin, tsoin)

C'est fini
Ouais
Ah bon, bon ben
Ça suffa comme ci...
(ça suffit comme ça)

 
It is not because you are (1980)

Dans cette chanson d'amour plus que atypique, ce diable de Renaud ne se contente pas de malmener la langue française, il fait pareil avec celle de Shakespeare créant ainsi un genre nouveau, la chanson en franglais, tout aussi déconnante que les précédentes si pas plus.
 
 

When I have rencontred you,
You was a jeune fille au pair,
And I put a spell on you,
And you roule a pelle to me.

Together we go partout
On my mob it was super
It was friday on my mind,
It was a story d'amour.

It is not because you are,
I love you because I do
C'est pas parc' que you are me qu'I am you.

You was really beautiful
In the middle of the foule.
Don't let me misunderstood,
Don't let me sinon I boude.

My loving, my marshmallow,
You are belle and I are beau
You give me all what You have
I say thank you, you are bien brave.

It is not because you are,
I love you because I do
C'est pas parc' que you are me qu'I am you.

I wanted marry with you,
And make love very beaucoup,
To have a max of children,
Just like Stone and Charden.

But one day that must arrive,
Together we disputed.
For a stupid story of fric,
We decide to divorced.

It is not because you are,
I love you because I do
C'est pas parc' que you are me qu'I am you.

Not me, I have my dignité.
You tell me : you are a sale mec !
I tell you : poil to the bec !

That's comme ça that you thank me
To have learning you english ?
Eh ! That's not you qui m'a appris,
My grand father was rosbeef !

It is not because you are,
I love you because I do
C'est pas parc' que you are me qu'I am you.


Près des autos tamponneuses (1983)

C'est dans l'album Morgane de toi que commença l'histoire de la Pépette avec ce petit chef d'oeuvre d'humour et de loufoquerie, une de mes chansons préférées de Renaud mais il y en a tellement ...
 

J'ai connu la Pépette
Elle, elle avait la sept
Et moi, j'avais la deuze
La sienne, elle était verte
Et la mienne était verte aussi
Elle était bonne, la Pépette
Et c'était son métier (elle était bonniche)
J' lui ai dit: tu viens souvent
Aux autos tamponneuses?
Elle m'a dit qu'elle venait souvent
Que ça la rendait joyeuse
M'a demandé: mais pourquoi
Est-c'que tu m' demandes ça?
J' lui ai dit: mais pourquoi
Est-c'que tu m' demandes ça
 
On est allé boire une gueuze
Près des autos tamponneuses
L'avait l'air beaucoup (très) heureuse
Dans sa robe jaune
L'était pas vraiment bêcheuse
L'était pas du tout affreuse
Moi, j'avais des idées vicieuses
Sous mes cheveux jaunes

J'ai offert à Pépette
Un tour d'autos tamponneuses
Elle, elle a gardé la sept
Moi, j'ai repris la onze
Le patron d' l'auto-tampon
Qui était très gentil
Comme musique de fond
Il nous a mis Johnny
Pendant qu' mon idole chantait
"Les portes du pénis entier" (pénitencier)
Les p'tites autos tournaient
Et tournaient et tournaient
Et moi, j' faisais exprès
De cogner dans Pépette
Même qu'un coup, sans faire exprès
Elle s'est foulé la tête
 
On est allé boire une gueuze
Près des autos tamponneuses
L'avait l'air bien moins heureuse
Dans sa robe moche
L'avait l'air moins amoureuse
Elle m'a dit d'un air songeuse:
Faut qu' je rentre chez ma logeuse
Quelle catastroche... (catastrophe)

J'ai quitté la Pépette
Près des autos-tampons
J'ui ai demandé: mais Pépette
Est-c'que c'est ton vrai nom?
Elle m'a dit: c' que t'es bête
C'est mon surnom, pauvre con
Mon vrai nom, c'est Zézette
Mais ca fait un peu long
On a mangé ensemble
Une glace au chocolat
Elle, elle a pris framboise
Et moi, j'ai rien mangé
J' voulais une glace à la viande
Oui mais y'en avait plus
Ou alors viande hachée
Mais ça coule le long du cornet
 
On est allé boire une gueuze
Près des autos tamponneuses
J' l'ai trouvée soudain hideuse
Sa robe trouée
J' lui ai dis: tu sais, p'tite pisseuse
J' préfère les autos tamponneuses
Toi t'es pas assez luxueuse
Mais dis-moi, quelle heure qu'il est?
Lalala Lalala Lala
Quelle heure qu'il est (bis)
Lalala Lalala lalala
Quelle enculée

(Voix dans les haut-parleurs)
Et allons-y, les amateurs de la vitesse !
Roulez, roulez petits bolides !
On rit, on s'amuse à Disneyland !
Le n° 112 gagne un E.T. gonflable ou un magnétoscope... en carton
La petite Delphine attend sa maman à côté du stand des merguez.
Attention, le propriétaire de la... 504 Pigeot, immatriculée 4012 QQ 75,
est prié de la déplacer : elle gêne l'autocar du Parti communiste.
Et c'est encore un militaire qui gagne un filet garni, avec un bazooka dedans !
Allons-y, jeunesse, on rit, on s'amuse.
La personne qui a perdu un portefeuille en cuir est priée de le rapporter...




6 commentaires:

  1. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  2. À mon avis « Laisse béton » (le banjo et son rythme galopant y compris) est l’une des chansons les plus rigolotes à Renaud. C’est la loi de la jungle en verlan, quoi !

    http://www.youtube.com/watch?v=B03t6mRTS-8

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  3. Dès que le vent soufflera
    « C'est pas l'homme qui prend la mer
    C'est la mer qui prend l'homme
    Mais elle ne prend pas la femme
    Qui préfère la campagne… »

    Une très jolie chanson, très rythmique, les mots superbes, sans doute…, Mais il y aussi des femmes qui aiment la mer, qui adorent les voiliers, les grosses vagues et le vent qui souffle dans leurs cheveux. Des femmes qui ne veulent pas attendre au port, même au risque d'être jugées responsables des maux du navire !!

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  4. bonjour teresa
    c est pas la femme qui prend la mer
    c est la mer qui prend la femme
    mais elle prend pas les hommes
    qui preferent la campagne

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  5. Ah ! Voilà un joli billet ! Parler des premières années de gloire de Renaud et , il est vrai qu'il y a tant à dire . OUi, il a volontairement malmené la langue française et c'est un bel atout car pour le faire avec classe (jusqu'en 1995 à mon avis ) il a amplement réussi . De cet énorme tube de l'automne-hiver 1983 "Dès que le vent soufflera" (sans oublier le tout premier en 1978 "Laisse béton" tout à fait tordant ) en passant par les méconnues (et géniales ) "tu vas au bal" ou encore "près des autos tamponneuses" et ce tube de l'été 1980 "It is not because you are" si marquant pour son franglais , Renaud a eu ce génie des mots et des belles mélodies populaires . Gracias le déblogueur !

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