Pages

dimanche 13 février 2022

L'Asturienne

Il y a déjà quelques semaines de cela, le diabl@gueur lisait un ancien numéro du journal Libération quand il est tombé sur un article intitulé "L'Asturienne", une mine d'or et de zinc. Ledit article occupait toute la page 26 de l'édition du 2 septembre dernier avec au milieu une photo aérienne de la mine d'Arnao. Même si on connaît les liens qui unissent Avilés et ses alentours à la France, on n'en fut pas moins surpris. D'une part, Avilés est jumelée avec Saint-Nazaire et abrite depuis 1952 l'usine de Saint-Gobain. D'autre part, Piedras Blancas (capitale de Castrillon) est jumelée avec la ville d'Eysines tandis que Salinas, petite ville côtière, rend hommage à Philippe Cousteau dans son Musée de Ancres. Et puis, il y a la bourgade d'Arnao où la Belgique à travers la Compagnie royale asturienne des mines va installer une exploitation de zinc au tout début de l'ère industrielle, la seule mine sous-marine que l'on peut trouver en Europe. C'est justement la fantastique épopée de cette mine et de ses fondateurs que nous raconte Caroline Lamarche, écrivaine belge et petite-fille du dernier héritier de la compagnie, Alfred Lamarche. L'autrice a décidé d'écrire cette saga familiale après avoir découvert dans la cave parentale une malle d'archives car son père s'était attelé durant de longues années à devenir l'archiviste de cette aventure belgo-asturienne. Elle nous raconte son propos dans la vidéo suivante. 


Alors qui est cette Caroline Lamarche ? Il s'agit d'une écrivaine belge d’expression française, née à Liège, à qui l'on doit plusieurs romans tels que Le Jour du chien (Prix Rossel 1996), La nuit l’après-midi (1998), L'Ours, (2000), La Chienne de Naha (2012), Dans la maison un grand cerf (2017) mais aussi des recueils de poèmes, des nouvelles (notamment Nous sommes à la lisière, prix Goncourt de la nouvelle en 2019) et des scénarios pour fictions radiophoniques. Depuis 2014, elle est membre de l’Académie royale de la langue et de littérature françaises de Belgique. Voyageuse et grande protectrice des animaux, ceux-ci interviennent souvent dans ses récits où elle explore de façon sensible et intime la condition humaine. 
 

Il aura fallu à l'autrice des années de travail pour réunir et analyser les documents conservés par ses parents et nous offrir tous les détails de cette légende familiale. La lecture de ce livre devrait intéresser tout particulièrement les habitants de Castrillon pour (re)découvrir sans doute tout un pan de l'histoire de la région grâce aux fouilles documentaires de Caroline et son père. Grâce à eux, il est possible de revivre deux siècles d’une passionnante histoire à la fois belge et asturienne. L'autrice a le mérite aussi de nous rappeler les impitoyables conditions de travail et la dure intransigeance de ses aïeux lors des grèves ouvrières, le lourd tribut payé par les travailleurs, les compromissions avec les puissances politiques les moins recommandables, et enfin l’impact environnemental de ces activités dont on ignorait alors les conséquences. 

Après la lecture de L'Asturienne, peut-être qu'une (nouvelle) visite au Musée de la Mine d'Arnao s'impose en attendant voici quelques lignes du livre de Caroline Lamarche pour nous mettre l'eau à la bouche. 

"La légende familiale signale néanmoins la présence de Louis à Arnao sous une forme qui ne manque pas de panache, s’agissant de l’entretien de sa condition d’athlète. L’aube, dit-on, le voyait partir en courant, anticipant d’un demi-siècle la mode du jogging, sur le chemin côtier qui, de la Casona à San Juan de Nieva, longe la plage de Salinas, suivi de son chauffeur pilotant son automobile. Arrivé au terme de sa course, il se dépouillait de ses vêtements, se jetait dans la mer et revenait vers Arnao à la nage, suivi cette fois d’une barque mue par un rameur local. D’autres détails surnagent, tout aussi spectaculaires. Lorsque Louis s’installait avec Inès à la Casona, il emmenait deux Panhard et Levassor – la deuxième conduite par son chauffeur au cas où la première, pilotée par lui-même, tomberait en panne - , deux Citroëns contenant leur abondante garde-robe, plus une Jeep pour les deux labradors noirs qui suivaient le couple comme l’eussent fait des enfants, emmenés par un maître-chien qui ne se déplaçait jamais sans son moulin à viande.

La légion Condor, envoyée par Hitler en réponse à la demande d’aide de Franco, a détruit Guernica le 26 avril, faisant des centaines de victimes civiles, « car il n’y avait pas à cette époque d’autre endroit où procéder à nos expériences », dira le maréchal Göring lors de son procès à Nüremberg. En réalité le nord de l’Espagne sert de terrain d’essai à la jeune Luftwaffe en prévision de la Seconde guerre mondiale, d’où la première expérimentation du « tapis de bombes ».

Mon père m’aurait probablement répété ce que les directeurs de l’Asturienne, à l’instar de tous les industriels de la péninsule, avaient retenu de l’ère franquiste : le calme et la discipline revenus dans les usines, un redéploiement économique rapide, le décollage des investissements immobiliers qui enrichirait à millions Franco et ses amis, l’arrivée des autoroutes et du tourisme, le tout avec l’assentiment d’une population que la misère consécutive à la guerre civile avait réduite à la docilité. C’est ainsi qu’en mai 1946 Franco fit son entrée à Avilés où il se vit accueilli, comme la reine Isabelle II presqu’un siècle auparavant, par une foule nombreuse. Ceci en prémices à de plus vastes appuis, le Vatican, les Etats-Unis et même l’UNESCO, dans un monde hanté par la menace communiste."

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire